En observant la scène … Part 1,2,3&4

16 janvier 1996 Yaoundé Cameroun

En observant la scène … Part I
Quel théâtre !
Quel spectacle !
On n ‘a pas vraiment su à quel moment tout ceci a commencé ; on ne peut pas dire avec exactitude que ce qui l’a vraiment déclenché.
On s’est rendu compte qu’on était depuis quelque temps en train d’observer une scène…

Puis il est arrivé, un autre moment, plein d’une forte émotion, de celle qui gagne ceux qu’on observe sur la scène : le maire, les conseillers municipaux, quelques figures emblématiques du Canton, toujours à la poursuite d’une signature qui fera d’elles des pêcheurs légaux du Lac, et aussi quelques invités de marque qui sont là, l’esprit un peu en marge des aspirations de ceux qui en ces jours veulent pêcher dans le Lac municipal.

C’a été un long moment de silence !
Et comme on peut être si heureux, vraiment heureux de partager ce moment-ci et avec tout ce monde !

Qui d’autre mieux que nous, pauvres spectateurs ?
Qu’allons-nous vraiment entendre de ces discours ?
Quels gestes va-t-on observer dans ces scènes ?
Quels textes vont-ils encore falsifier ?
Quelles théories vont-ils encore énoncer ?
Ils devaient se réunir dans le Théâtre du Lac !
Ils devaient reprendre Napoléon, Jeanne D’arc,
Ils devaient reprendre César ou Pompidou,
Ils devaient reprendre Leclerc ou Mitterrand,
Ils pensaient faire semblant de reprendre Platon,
De reprendre Molière, Pascal dans ses Pensées,
De reprendre beaucoup d’autres encore….
Ils trouvent ces gens très bien ; ce sont des maîtres !
On est donc venu pour suivre le spectacle !
Le silence se prolonge et est emprunt d’anxiété.
Un long moment bercé de mimiques et de pleurs,
Par nos grandes cantatrices dûment choisies.
Que veut-on vraiment nous faire comprendre ?

Qu’est-ce qu’il faut en attendre ?
Que faut-il au juste comprendre ?

En observant la scène… Part II

Tout est reparti !
On se retrouve plongé malgré soi dans une profonde réflexion, avec la tête qui s’est laissée porter dans le creux de l’index et du pouce, un peu inclinée, pour donner de la résistance aux nerfs.

Ce qu’on ne voudrait pas, c’est de se retrouver le lendemain ou le surlendemain avec collée à son dos l’étiquette d’un spectateur qui n’a rien observé du tout, pour le simple fait qu’il s’est seulement peu intéressé au spectacle ; ceci parce qu’il s’est laissé peut-être emporté dans le doux sommeil que procure le charme de ces discours de prophète du mensonge et qu’il voudrait au réveil mieux que quiconque raconter ce qu’il n’aura pas observé, mais qui lui avait été dicté avant.

Nous nous arrangeons donc pour tout observer, et puis on a de bonnes lumières.
Réellement le spectacle a commencé !
On va donc se plonger dans l’observation ;
Il y a là un plateau, une scène, et évidemment des comédiens, et bien de figurants à l’allure de vraies vedettes. Ces derniers sont des vrais fanatiques venus admirer de près leurs idoles.
On va donc se plonger dans l’observation ;

Peut-être qu’on y trouverait son compte ;

Peut-être pas, et d’ailleurs que peut-on vraiment prévoir qui n’ait déjà été prévu ?
On continue d’observer la scène ;
Ce n’est nullement un moment de perdition ou même d’oisiveté, comme tendraient à le dire ces messieurs très friands d’un certain genre de critiques à la fin des spectacles, pardon on devrait dire conférences et tables rondes.

Suivez-le regard…

C’est un moment précieux.
Bien sûr, l’on se comprend quand on sait que ce moment n’a vraiment pas été réfléchi, pensé et même qu’il n’ait été imaginé pensable…
D’ailleurs connaît-on réellement ceux qui nous offrent de pareils moments sans jamais rien réclamer en retour, et où est-ce qu’ils retrouvent le lien entre nous offrir des spectacles et retrouver leur bonheur ?

Peut-être sont-ils tout simplement des philanthropes !
On y reviendra ; ça c’est sûr !

Ce sera au moment où il faudra régler certaines questions d’ordre pratique qui vont être générées à la suite des critiques qu’on va formuler à l’issu de la présente observation…
Seulement ce moment est né et il revêt son costume de l’importance et du nécessaire, du subtile et surtout du tout sérieux précieux.
Mais qu’observe-t-on vraiment ?

 

Quel Théâtre !
Quel spectacle !
Ce qui rentre encore plus dans le jeu plaisant des acteurs et comédiens, c’est cette maîtrise inconditionnelle qu’a le metteur en scène de son art. Il connaît bien son métier ! Et c’est vrai.
Qui d’autre ferait autant ?

D’ailleurs on a là sous nos yeux un constat témoin. Nos chers acteurs-comédiens ne se rendent pas compte qu’en fait, ils font seulement du théâtre, ils ne l’imaginent même pas.
Et quant à nous voir là, nous qui les observons et les applaudissons, ils se disent qu’on a vraiment rien de mieux à faire que de venir passer notre temps à regarder de « Nobles citoyens » remplir dignement leur devoir et ensuite aller voter pour eux…

Comment leur faire savoir qu’on est vraiment pas des « regardeurs », mais seulement une catégorie de spectateurs, et qu’une fois le spectacle terminé, nous quitterons nos bancs pour nous jeter chacun sur du papier pour essayer de « pondre » un article critique de toute l’histoire des spectacles comparée en ce jour à celui qu’on vient de vivre.

Comment leur faire comprendre qu’à plusieurs miles de là, très loin du Lac, on a imaginé et écrit un scénario, qui maintenant a trouvé le meilleur en scène qui soit, et que, eux, parce que dignes fils des abords du Lac, ils ont été choisies avec beaucoup de « précision et de minutie » pour « interpréter chacun un personnage du scénario ».

Le plus dur serait d’arriver à leur faire comprendre qu’ils ne sont que des acteurs-comédiens ; et que c’est ainsi qu’ils se passent pour de vrais citoyens , de bons nationalistes, de bons…,

 

En Observant la scène Part III (suite)

Bien,
On les observe, eux qui observent le ton pour que finalement le discours qu’ils tiennent semble vrai, convainquant, persuasif…

Ils ne le savent peut-être pas, mais c’est de leur metteur en scène qu’ils ont appris de part le sermon qu’ « il faut toujours avoir une bonne séance de répétition avant toute entrée sur la scène, qu’il faut à chaque fois y mettre de la voix, dans toute sa puissance pour que toute cette légende que l’on a imaginée et décrite sur le papier que l’on tient s’entende comme quelque chose de vrai et de vivant, de vivifiant et que cela donne de l’émotion, et finalement éveille chez les spectateurs des sentiments profonds : Il faut arriver à faire que tous les braves gens du Canton s’accrochent à la lueur d’espoir qui finalement transparaît dans nos discours, typiquement artistiques soient-ils ! »

Un autre observateur dit un jour que « les mots sont immobiles, morts lorsqu’on les rencontre dans le dictionnaire qu’on feuillette, mais, qu’une fois rangés dans une phrase, ils donnent de l’émotion. L’impression de l’intimité profonde perçue dans l’expression « je t’aime » a tôt fait de vous faire voir le monde sous des aspects bien cachés. Mais alors, que ne disent–ils pas lorsqu’ils veulent que l’on entende ces choses d’une certaine façon, sous un certain angle… »

Observons encore la scène !

Ce sont là de vrais comédiens !
Oui !, C’est à dire des personnes qui ont à faire du théâtre toute leur vie et marrant encore, qui ne sauront jamais tout au long de cette brave vie qui va porter haut et au chaud leur adrénaline qu’ils ne sont que des comédiens, des vrais même, ceux qu’on voudrait toujours aller voir sur les plateaux montés dans la grande salle du palais en verre du P.C., ce joli bijou du canton.
Seulement ici, on peut s’attarder un peu à l’aspect beauté de cette salle !
C’est vrai qu’on à rêvé parfois d’un centre culturel du Canton qui donnerait vraiment des envies de se taper une bonne pléthore de rendez-vous « amoureux » dans ce lieu. Ce qu’on a au bout du compte c’est que de bons citoyens amoureux pourraient finir par tomber comme par habitude amoureux du théâtre…

Un autre nous a affirmé que : « Toute sélection, aussi fauchée soit-elle, croyons-le, comportera toujours l’un des meilleurs du moment ».
Il y a des exceptions qu’on observe et c’est ça aussi qui confirme la tendance vers…

On observe !
On est donc un observateur, d’ailleurs ces acteurs-comédiens pensent qu’on ne peut rien d’autre !

On se refuse d’être seulement un simple spectateur !
Pour tous ceux qui pensent un peu, on voudrait qu’ici ce soit clair qu’il y a un problème de sémantique.

On observe donc ; d’ailleurs ces acteurs-comédiens pensent qu’on ne peut rien d’autre !
On croît facilement, aisément qu’il n’est pas donné à n’importe qui d’être là parmi ces gens pour observer. Spectateur aussi, dans la plupart des cas on veut plutôt s’en aller remplacer ces chers comédiens sur la scène.

Finalement on se rend compte que certains spectateurs n’ont pour grand rêve que de devenir comédien.

C’est tout dire !

« Il y a spectateur et spectateur ! », crie ce vieux retraité aux cheveux noircis à la « chaux » et qui n’ose pas encore utiliser une canne pourtant il devrait s’en servir, seulement il refuse d’accepter que l’âge vrai n’a pas besoin d’un certificat d’état civil pour se faire valeur.
On a ce crétin de vieux retraité assis là, devant nous, sur l’un de ces sièges qu’on a réservés aux invités de marque, des « VIPs », pour le grand spectacle au Palais des Concerts (P.C.).

Il est tout heureux et quiet.
Le fait qu’il sache, lui, qu’il assiste là seulement à un spectacle nous a beaucoup réconforté. Il sait aussi que de pareils spectacles se montent régulièrement ici et un peu partout, dans d’autres cantons étrangers. Bien sûr, il n’a pas osé nous le dire, ni aux clients de cette salle, ni à ceux là même qui lui offrent ces moments, les derniers…

Des moments heureux accompagnés de quelques larmes d’émotion qui vont évidemment rentrer dans son testament, et pas dans les mémoires de sa vie, pire ni même dans les consciences des acteurs-comédiens présents ce jour sur le plateau.

Nos Comédiens ne se gênent pas pour lui démontrer que son temps est passé et qu’il blesse ainsi leur grand orgueil.

On ne cherchera pas dans son discours et ses analyses une explication à cette attitude de comédiens. C’est même normal, encore plus en ce moment où ils offrent un spectacle.

 

En Observant la Scène Part IV
(suite et fin)

 

Ils sont timides malgré eux et se sentent perdus devant les regards hagards et interrogateurs de ces spectateurs nouvellement nés qui sans le vouloir sont bien obligés de préférer les spectacles de Rock; de raga ou de Rap à ces cacophonies qui portent les insignes « Etats Généraux » et autres…

On s’inquiète ;
On voudrait savoir quelles pensées les comédiens de la scène portent à ce vieux retraité…
Ce ne sont en tous les cas pas de pensées catholiques.
On est même presque sûr qu’ils sont tous fâchés et qu’ils viendraient lui demander :
Le nom de la pièce qu’ils jouent ce soir ;
Le nom de l’auteur,
La date de parution de la première édition,
Le thème central développé en ce jour,
Le nom du metteur en scène,
Le nom du scénariste,
Leurs noms et pseudonymes des comédiens,
La date de leur dernière représentation,
Et beaucoup d’autres questions encore…
Pauvre vieux retraité !
Mais aussi pauvres nouveaux comédiens !
On peut ainsi aisément les plaindre,

Tous ensemble, on sait que ce sont des comédiens et même, on a l’intime honneur d’avoir une juste idée de qui est sûrement leur metteur en scène,

Et la pièce on le sait aussi …
C’est une idée originale de Mme société, épouse du Temps et ex-épouse de l’Espace. Une idée au rythme de l’ère coloniale qui jamais ne nous quittera.

Une tache presque indélébile qui parfume nos projets…
Rien d’autre ne nous gênera une fois le spectacle terminé, Critiques-artistiques tels qu’on a l’audace de se prévaloir, on se penchera sur des « feuilles de chou » pour tracer quelques lignes qui mettent à nu notre sens critique.
L’un des observateurs, un cantonnier de la dernière heure du nom de Black, très agité sur des questions de moeurs près du lac, n’a pas très bien entendu ce qu’a dit ce vieux retraité qui ne cesse de tousser et de pousser sa poudre de tabac dans les profondeurs de ses narines.
Néanmoins, Black s’est mis à rire quand le vieux a voulu soutenir son regard qui quémandait l’information mal enregistrée. Il continuait donc à soutenir le regard plein de rides du vieillard tout en lui adressant un large sourire de bon quémandeur du Tiers-monde ;
Hélas, ça n’a pas été un concert de plus ici au P.C., du moins tel que l’espéraient ces cantonniers indolents, épris des moments de « Kongossa ».

Le jeune Black a fini par se tourner vers le confrère-observateur de gauche et lui a demandé à peu près ceci : « Au fait, qu’a dit au juste le vieux déjà aveugle-là ? »

Et puis il a ponctué la fin par un rire haineux.

Ce qu’il ne savait pas, pauvre Black, c’est que le vieil -aveugle avait cessé justement de scruter l’espace de la salle et n’admirait plus le jeu des comédiens ; par contre, il avait aiguisé son ouïe pour lui donner de grandes performances. Le vieux était ainsi toute ouïe à ce qui se disait autour de lui.

C’est ainsi qu’il entendit la question du pauvre Black.
Il se retourna brusquement et jeta un regard meurtri au jeune cantonnier.
Mais, il fut soudain secoué par une douleur violente dans la poitrine et s’écroula comme cet autre comédien dans une scène de Molière.

On éclata tous de rire dans la grande salle et passa à l’entracte…
Tous avaient le regard vers le siège du vieux retraité.
Le metteur en scène quitta les couloirs et vint vers lui, tâta son pouls, puis annonça la mauvaise nouvelle.
Le vieux retraité venait ainsi de s’éteindre, ici dans la salle du P.C…
Illustre invité,

Il n’avait pas voulu se rendre à l’évidence…
Avec raison peut-être, parce que la vie d’un comédien est très compliquée surtout quand la veille on a aussi été enlacé par la lueur des feux de la scène, sans le savoir bien sûr et qu’on pense avoir bien rempli son devoir de membre de la municipalité …

Tout comme ce vieux retraité, on ne se pose pas de question ; on sait « sagement » que si on a été invité à être présent là, en ce jour, c’est parce que « les vieux ont beaucoup d’expériences et ont toujours des choses à enseigner aux plus jeunes ».
Est-ce la motivation de notre beau metteur en scène ?

Oui, qu’il est beau, Ce metteur en scène !
En voilà un qui peut tout se permettre, du moment qu’il est guidé par l’ambition de voir son spectacle primé au grand « Festival Mondial des Arts Sociologiques et Politiques Expérimentés dans le Tiers Monde ».

De ce fait il peut bien avoir invité le vieux retraité pour permettre un peu plus d’adrénaline dans les veines de ses acteurs.
L’illustration de cette hypothèse se justifie par le fait que le vieux bien que croulant n’a pas pu se passer de toutes ses médailles qui pendent à son costume d’ancien, rappelant à qui l’aurait oublié, toutes les distinctions qui lui ont été attribuées après de « Nobles et loyaux services rendus au Canton et au Lac municipal… ».

Mais saurait-il jamais vraiment pourquoi il a été invité ?
Au cours de sa longue vie de « Pasteur des brebis du Canton » comme il aimerait à le dire, vous conviendrez aussi que lui non plus ne pouvait savoir qu’il était comédien et qu’il jouait un rôle ;

Mais seulement quand il a vieillit, il a constaté que presque tous ces rêves sont restés sur le banc des actions non réalisées.
C’est maintenant par la mort malheureusement, qu’il déchante.
On pensait bien qu’il finirait par avouer à la postérité, et de vive voix qu’il a vécu en marge de sa vie.

Mais non !
Ce serait ne pas connaître l’orgueil et l’égocentrisme qui caractérisent tous les comédiens, bons ou mauvais, dès lors qu’ils se retrouvent sur le pavé et qu’intervient du même coup la fin de leur carrière.
Généralement le comédien retraité se retrouve là, dans le même espace que ceux qui hier se bousculaient aux portes des salles pour pouvoir « observer le spectacle que donnait leur idole ! »,
Et c’est très poignant de ne plus voir ces mêmes gens se bousculer pour vous serrer la main au crépuscule de cette vie de vedette.
Les spectateurs d’hier observent leurs idoles d’hier et se posent des questions.

Alerte !

STOP !

Huit Novembre Mille Neuf Cent Cinquante Sept,

Il est presque onze heures…,

La grande place du marché à été envahie très tôt ce matin par des groupes de danse, des artisans, leurs butins et tous les autres villageois. On a vu passer des petites voitures de militaires européens qui transportaient à leur bord aujourd’hui des gens de couleur, des noirs, qui pourtant avaient le corps enveloppé dans les mêmes habits que les blancs… des costumes de colons.

A leur passage des « hourras » et des «houlou-loulou » se sont élevés dans les rangs de femmes pour saluer ces dignes fils qui revenaient au pays après un séjours dans de grands « Conservatoires de la comédie et du spectacle », non plutôt dans les grandes écoles européennes ou d’ailleurs ils avaient réussi avec beaucoup de mérite à obtenir tous les diplômes Universitaires dont n’ont jamais eu besoin les neuf dixièmes des jeunes colons pour faire de leurs pays ce qu’ils sont aujourd’hui ;

Vrai ou pas vrai ?
Seuls les leaders là-bas et aujourd’hui encore peuvent se permettre cela.
En ce jour du Huit Novembre Mille Neuf Cent Cinquante Sept…
Pour les populations du Canton et des abords du Lac Municipal, ces fils qui revenaient étaient dignes de respect et de beaucoup d’autres valeurs.
Car, « lorsqu’on a été chez l’autre, on ne peut y avoir appris que ce qui est bien pour la santé de son Canton ».

A bientôt.
Ça a été un plaisir de vous avoir là à observer la scène de ce spectacle que nous donnions ce soir dans cette salle, avec vous comme lecteurs, non spectateurs, ou mieux observateurs…
« Bye ! Bye ! »

16 janvier 1996 Yaoundé Cameroun

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La Voix …

10/04/1989 11h Yaoundé RC

 

Silence !
Écoute dans la nuit,
La voix qui passe,
Si tu restes jusqu’à minuit,
Tends l’oreille !

Écoute dans la nuit,
La voix sans pareille,
Qui toujours nous suit.
Tiens clos tes volets,
Tiens-toi dans tes draps,
Dis-toi tes secrets,
Tu entendras la voix !

 

Silence !
Comptes pas sur la Lune,
Écoute la Voix féroce,
Écoute la Voix qui sonne,
Restes dans le noir,
Le regard loin de ces photos,
Oublies ce vieil espoir,
C’était trop beau !
Tire les battants !
Le parloir le fait comprendre,
Suis dans le vent !
Le judas te fait comprendre.

 

Silence !
On l’entend un soir,
Puis tout se glace,
Et on risque sa foi,
La peur à l’horizon,
Inerte à son perchoir,
L’être en frisson,
L’esprit dans le noir.
La Voix qui gronde,
La Voix qui s’élève,
Qui hante notre monde,
Et nous bascule hors des rêves.
Cette Voix féroce,
Qui ne chante jamais,
Qui rompt le silence,
Qui ne rit jamais,
Se moquant ainsi de toi,
C’est leur Voix,
Se moquant aussi de moi,
C’est la Voix, leur Voix.

 

 

Fin

Gustave Mbin – 10/04/1989 11h Yaoundé RC

Et puis le Nyos

(16/06/1990 Yaoundé Cameroun)

 

L’hiver de Nyos s’estompe peu à peu,
Le lac a fait bien de malheureux,
On éteint les lampes dans l’église
Et déjà dans nos cœurs une vie se frise,

Un peu de vin de messe à l’autel,
Et tous nos morts sont déjà dans le ciel ;
Jour de deuil et d’anniversaire,
Un tout fini, un tout à refaire,
Plutôt calme le Nyos est plus profond,
Son passé de chars rajuste le ton,
Mais un peu de gris dans le nouveau ciel,
Noire fumée ! Combustion d’un seul,

Le bourgeon ouvert des fleurs dans le vent,
C’est l’heure qui sonne pour les beaux temps,
L’odorat nouveau camerounais,
Est au bel air, fini avec ses plaies,
Rien ne reste, Wum a un passé,
Et tout est bien ! Rythmé et cadencé !

Un pied d’homme qui de travers un seuil,
Ira faucher un rayon de soleil,
Un filet d’eau coule sur ce sol,
Cet oiseau ne veut suspendre son vol,

Nouvelle âme vivant sans failles,
Sous ce soleil un bonheur sans taille ;
Jour de deuil ou jour anniversaire,
Où le mauvais sort poursuit le maire,
Lui qui tire sur toute critique,
Qui au pire est analgésique,
Pour ces cœurs croulant sous le poids du mal,
Laissant à Wum son espoir sans égal ;

Espoir sans égal, ciel clair sans nuages,
Ciel au-dessus de Wum sans ombrage,
Ciel d’amour pour des demains de pluie,
Lit du Nyos, des querelles, des folies,

Nouveau chef, par le peuple accusé,
Nouveau problème oui ou non sensé,
Sur son cheval blanc le sieur Cupidon,
Prônait la modération, le pardon,

La robe blanche du prêtre du soir,
Ces cantiques sur le noir désespoir,
Wum se vide de ses portes malheurs,
Floc ! Dans le Nyos, et sans plus de peur.

Rallumez les lampes sur ces frises,
Et que Wum soit la terre promise,
Sa civilisation à Prométhée,
Qui par Jupiter se vit condamner,

Un filet d’eau coulera au sol,
Cet oiseau ne suspendra pas son vol,
Un visage se reflète dans le Nyos.
Avec un sourire ! Deo Exodos!

fin

Le Lac Municipal

20 & 21 avril 1995 08h00 – Douala – Cameroun

Le Lac Municipal

Bananier,
Cocotiers,
Palmiers,
Goyaviers,
Palétuviers,

Ce relief n’est pas faux !
L’herbe sur toute la surface d’eau !
Jamais ombrage n’avait été
Ainsi mêlé de vert et Jaune,
Jamais paysage n’avait semblé
Recouvrir une vraie faune !

Et bien plus,
C’était beau !
De voir de dessus le lac faux !
Un Lac dans la Capital !
Mignon cadeau nature
Offert à la Municipale,
Par don de la créature.

Un large creux de terre,
Qui s’est rempli d’eau !
Invitant des canards de misère,
Mais vraiment un Lac Faux !

Un Faux Lac !
Comparé au Lac Tchad là-haut,
Qui vit sans ses municipalités,
Et génère des bénéfices bien gros,
Que partagent ses légalités.

Le Décor ici aussi est faux !
Tout et tout et même son fond !
Ceux qui y vivent sont faux !
Et c’est un Lac trop profond !
Et c’est le Lac municipal !
Et là dessous, tout peut mordre.
Les baleines y fêtent leur bal ;
Tant que le maire assurera l’ordre.
Etonnant des baleines dans un Lac,
Mais si simple, si on a vécu par ici,
Avec ces âmes ignorant tout du tract,
Et ne cessant de dire au Maire « Merci ! »,

Un faux Lac !
Comparé à celui de Wum, là-bas,
Qui emporta ses pêcheurs au paradis,
Par ces longues envolées de gaz gras,
Et fit dire aux savants nos ennemis,
Ce qu’on y raconte aussi est faux !
Et le maire y défend toute pêche !
Disant qu’il revient, ce bateau,
Qui seul peut faire la pêche.

Peut-être y mettra-t-il des chaînes,
Pour que cesse enfin tout ce cancan,
Et laisser vivre toutes ces baleines
Qu’ils avaient si bien pêchées avant.
Ce Lac est faux et plein de danger,
En songe ils y ont fait une exploration.
Combien de baleines ont-ils dénombrées ?
Ce ne fut que de la vraie « Agitation »,

Explorer ce Lac !
Pêcher dans le Lac !

Suit le temps et son tic-tac !
Ils n’ont jamais connu de tract.

Ces Baleines vont encore fêter leur bal,
Et toujours dans le lac Municipal,

Et personne ne leur fera de mal,
Tant, le maire reste la Force légale…

Un faux Lac

Fin

20 & 21 avril 1995 08h00 – Douala – Cameroun

La vie du Lac…

22 avril 1995 24h Douala Cameroun

Regard de femmes berceuses,
Portant leur bébé dans le dos,
Sur ces routes caillouteuses,
Portant ces cruches et ces pots,
Allant en mimant des chansons,
De guerre pour amazones,
Défilant loin de leurs maisons,
Maugréant sur leurs vaines peines.

Toutes ces femmes vont au Lac,
Elles y prendront de l’eau,
Elles ne portent pas de sac,
Pire presque rien sur la peau,
Derrière elles, tous calmes,
Tristes, suivent les tous petits,
Qui vivent ainsi le drame
D’avoir alors bien grandi.

Adieu à cette école,
Tant qu’on n’aura vendu
Toutes les provisions du sol,
Ils vivront ainsi dans la rue.

Femmes du canton, délaissées,
Femmes d’ici, négligées,
Qui vont encore se peiner,
Et porter d’autres bébés.
Déjà lasses d’attendre
Les réponses à leurs questions,
Frustrées de ne pas comprendre
Les raisons de leurs évasions,
Et pour se retrouver, seules,
Auprès de Lac quand vient le soir,
Pour se dire entre elles,
Où pêcher le dernier espoir.

Elles observent les requins,
Et connaissent la vie du Lac.
Le canton est dans le pétrin,
Sûr, elles vivent sans contact.

Quand les requins fêtent leur bal,
Devant un Maire complice,
Elles suffoquent dans le mal,
De ne pouvoir fuir le vice.
Tant que leurs époux, indolents,
Quiets pour un « merci » du Maire,
Le dieu, se donnent du bon temps ;
Et continuent de se taire ;

Car cette vie du Lac, pour eux,
Tient de l’avis du Maire ;
Tant qu’il les rendra heureux,
Leur apportant riz et bière,
Hommes qui respectent la « LOI »,
Qu’elle soit digne ou pas,
Ils n’opposent aucun poids.
Ils cherchent à vivre de ça.

Pour eux la jeunesse a tort.
Quand elle défie le Maire,
Et n’aura aucun renfort,
Si se déclenche la guerre.

Et là, jeunesse honteuse,
Pleine de mépris, déchaînée,
Espoir du Canton et sérieuse,
Dans le Lac elle va pêcher,
De ce long et humble combat,
Qui évitera au Canton,
De ce perdre sous les ébats
Des requins qui pillent leurs maisons.
Une vie de Lac agitée,
Une Vie en pleine guerre,
Tant la jeunesse éclairée,
Ne pourra s’y soustraire…

La Vie du Lac…

Fin

22 avril 1995 24h Douala Cameroun

Jean le Pêcheur…

08 mai 1993 Yaoundé Cameroun

Avait-il seulement su qu’il pêchait,
Ici dans le grand Lac municipal,
Ou croyait-il là à ce qu’il pensait
Avant d’entrer dans la Capitale ?

O Ciel ! Jean devenait un pêcheur,
Pour chasser et tenir de bons requins,
Et si son beau teint perdait des couleurs,
Il savait pouvoir trouver du bon vin,
Auprès des braves du Canton,
Qui avaient longtemps été médusés,
Quand il leur racontait dans sa chanson,
Son rêve de bâtir de grands musées.

Vingt six levés de soleil pour ce mois,
Jean et ses frères ont vraiment souffert,
Et aujourd’hui jurent par leur foi,
Pouvoir mettre les requins sous couvert.

Le Lac Municipal est tout calme,
En cette belle journée du jeudi,
Mais Jean veut faire les frais d’un drame,
Tout près de la route, risquant sa vie.

Vers le Lac encore vide de gens,
Jean a déjà fixé son hameçon,
Sa vision hors des limites du temps,
Tous ses frères lui ont donné raison.
Et très loin, à plusieurs miles de là,
Tous les autres marchaient et chantaient,
Que leur « LAH » sortira du coma,
Que la Crise mourra à jamais,
Quand juste pêche sera terminée,
Et dans son grand et profond carton
Jean tout content, aura ramené,
Les requins qui massacraient le Canton.

Ici tout près du Lac, derrière Jean,
On avait fait une grande foule,
Jean tout sérieux, fixait parfois le néant,
La foule le jugeait dans son rôle.

Quand l’hameçon paraissait retenu
Sous le Lac, il levait très haut le poing,
Content, croyant un requin retenu.
Et des voix s’élevaient dans tous les coins,
Et tous chantaient en choeur : « Jean le pêcheur ! »,
Là, ils clamaient sans peur : « Jean le Sauveur ! »,

Partirent dans des marchent dans la rue.
Le Maire des abords du Lac averti,
Leur fit dire leur mauvaise tenue,
Jean fut arrêté, jugé, condamné…
Frères et enfants ont beaucoup pleuré….

————

A cette époque-là, j’avais vingt ans,
Je pouvais encore rire de mes plaies.
Qu’avais-je à faire de plus plaisant ?
Je fus donc de la partie par les faits.

C’était pour mes aînés presque un devoir,
Pour moi l’âge des folles grandeurs,
Qui vous colle amour et désespoir,
Et vous laisse cet air de grand rêveur.

Je convins donc de suivre le fanal,
Huant les requins et vantant le pêcheur ;
Et ces sages moments dits sans égal,
Jugés par tous ces gens d’ailleurs,
Gardaient longtemps du feu à mes poudres…
Peut-être ai-je encore tiré,
Et ce, pour ne pas comprendre,
Encore que je crois avoir cassé !

Aujourd’hui me refaisant mes vingt ans,
Je me revois à la sortie du procès.
J’avais espéré un regard de Jean ;
Car on le condamnait pour mes excès.

Autant que lui, j’avais voulu pêcher,
Et avant lui je crois certains l’ont fait,
Mais seul Jean pouvait être condamné.
On le bousculait et moi je le regardais…

Puis mes copains et moi avions pensé,
Dans sa prison lui porter à manger ;
« Jean le pêcheur ! », (« Jean le Sauveur ! »)
Nous avions chanté,
Pour qu’on puisse vite le libérer…

Et,

 

Avait-on seulement su qu’on pêchait,
Aussi dans le grand Lac Municipal,
Ou croyait-on là à ce qu’on pensait,
Avant d’entrer dans la Capital ?

O Ciel ! Je devenais Pêcheur,
Comme Jean et tous mes copains aussi,
Médusés, nous avions perdu la peur,
Nous voulions la paix en risquant nos vies.

En ces jours, le Maire gardait le Lac,
Étions-nous alors conscients du Danger ?
Je n’eus à aucun moment le vil tract,
Il fallut dans la foule se ranger,
Elle cadençait au rythme des soldats :
« Jean le Pêcheur ! » ; « Je suis aussi pêcheur ! »
Dans nos rangs on se tenait par le bras.
Traversant le site des non-pêcheurs,
En observant des filets de requins,
Délaissés ça et là depuis bien de temps,
Et de vieilles Dames-jeannes de vin,
Je me surpris pensant qu’à certains temps,
Le Maire avait pêché dans le Lac,
Autant qu’il avait pu et sans chanter.
Pensant à quoi aurait servi le bac,
Je me dis que le Maire devait chanter.

A ce moment, je fixais fort le néant
Je venais de comprendre mon rôle,
Mais là, seul le vent me rappelait Jean…
Après la fin d’une farandole,
On perd de vue les couples de danseurs,
Et sur la scène, on a les lauréats,
Et ce sont là peut-être les vainqueurs…
J’étais seul dans la rue, rêveur et béat.

Pourtant mon hameçon fut retenu
Sous le grand Lac le lendemain au soir,
Content, croyant un requin retenu,
J’entendis grandir mes fous espoirs,

Et des voix s’élever de tous côtés :
Tout en chantant en chœur :
« (Jean) C’est le Sauveur ! »
Mais la pêche ne put se terminer,
La maire perdit beaucoup de couleur
Il me prit de courage et de foi,
Du sérieux, de ruse et de prière,
Pour fuir le châtiment de cette « Loi.»
De moi, le Maire fut drôlement fier,
Et… m’envoya chercher tout en couleur.
Alors je demandai à mes geôliers
Ce qu’on endure à rester pêcheur,
Muets ou sourds, ils ne purent me parler ;
A l’intérieur je humais des odeurs,
Le Maire nous servi du requin,
A sa table comme menu du jour.
Je fis de l’oeil à mes copains ;
Rien ! Dans leur plat il y avait un amour,
Véritable dogme de nos siècles,
Je pus saisir de ruse le piège,
D’une pensée je fus hors du cercle,
Qui fit de mes copains nos « VRAIS » mages,
Au haut du Canton, on les décora,
Puis ils firent présentés « Pêcheurs »,
Pour leurs gardes, ils eurent des soldats,
Et acceptèrent le tout sans douleur…

Ne rien penser et surtout rien dire,
Si la pêche avec Jean fut « gaieté »,
Au maire elle n’a fait que nuire.
Si le « vrai » meurt dans la légalité,
D’une justice sur des pêcheurs,
Mes copains nous font chanter des chansons (leurs chansons)
Nous promettant des requins au dessert,
Et tous nos pères leur donnent raison.
La raison, la chanson, la déraison,
La valse des braves gens du Canton.
Qu’est-ce que d’être pêcheur ??

Fin

08 mai 1993 Yaoundé Cameroun

Fête pour le Lac…

8 Avril 1995 – Douala Cameroun

Chants Populaires,
Aux rythmes des claques de mains,
Entre eux, frères,
Tous, ils se sont donné la main,

L’un l’autre,
Liés par le même destin,

L’un l’autre,
Brûlés par le même chagrin.

Sur la grande place du Canton,
On avait fait un très grand feu,
De bois, donnant du bon charbon,
Noir comme l’encre des yeux.

Ce ballet bruissant des femmes,
Drapées dans leur « Kabba-Gondo »,
Trimballant ces dames-jeannes
Contenant du bon « Matango »,
Etait le décor du festin,
Des abords sableux du grand Lac,
Avec ces filles d’air câlin,
Prises dans leurs jeux bric-à-brac.

 

A l’autre rive du Lac,
Sérieux, on suivait le rituel,
De la sortie de ces grands sacs,
De dessous l’eau, sans le fuel.

Il était dit qu’on marcherait
Tout droit sur les eaux comme Christ,
Il était dit qu’on reviendrait,
Tous vers la maison, moins tristes,
Il était dit…et encore ;
Et vrai encore ce fut fait.
Il vint, bandé tricolore,
Avec son air juste ; un fait !

C’était le maire du Lac !
C’était seulement la Loi !
C’était le venue du tract !
Mais rien ! Ici on parlait « Foi ».

Il marchait, on acclamait,
Il dansait, on acclamait,
Il riait, on acclamait,
Il saluait, il bénissait.

Papa et Maman tout contents,
Lui tendaient leur petit enfant,
Tel un bouquet de fleurs, tout grand,
Qu’il baisait ! Tableau charmant !

Puis vint un autre moment ;
On l’escorta, tel un Roi,
Et le Roi crut gagner son temps,
De ce fait, escorta la Loi.

Il salua une grand-maman ;
Et elle se mit à danser,
Et il coupa le long ruban,
La fête pouvait commencer.

Mais avant, on l’acclama.
Et tel un dieu, il les salua,
Fort, dans un geste magistral.
Tous se préparèrent pour le bal.
Puis on entendit les tam-tams,
Des cris bizarres dans les airs,
On attisa plus les flammes,
Le feu dansait plus, pour plaire.

Dans l’air, un ordre siffla,
Le Roi leva haut son balaie,
Et le peuple l’imita,
Et le geste le parcourait.

Puis, on fit de la musique,
Au tambour et au balafon,
Aux claques de mains magnifiques,
Et aux claques sur des bidons.

Chants populaires,
Rythmés par le son des tambours,
Entre eux, frères,
On doit renforcer l’amour,

Reprendre espoir,
Après un bon bain dans le Lac,
Reprendre espoir,
Et fêter demain pour le Lac.
Tam-tam !
Tambour !
Claques de mains,
Claques pour demain…

Fin

8 Avril 1995 – Douala Cameroun

Et sur le chemin de “Melah”

08 Septembre 1995 24H35 – Douala Cameroun

Et sur le chemin de “Melah”

Et sur le chemin de « Melah »,
Si déjà tu as vu le vrai,
Dans les paroles du tout « Lah »,
As-tu entendu ses méfaits ?

L’avais-tu un peu voulu ?
Toi aussi tu es embarqué,
Du choix on t’a dépourvu,
Et pour ça, ton coeur a saigné,

Que voulais-tu donc devenir ?
Oh oui, l’érudit du vrai !
Il fallait appendre à fuir.
Te construire en fort palais ;

A combien de miles es-tu ?
Atteindras-tu le carrefour ?
Ou cherches-tu toujours ta rue ?
Et où se cachent tes amours ?

Voilà ta chère réalité !
Qu’elle est gaie sous ce ciel,
Où lésée, on l’a brûlée !
Elle cherche sa couleur miel.
Si tu la fixes longtemps,
Elle se sentira gênée ;
Et comme qui poursuit le vent,
Déjà tu t’es fatigué.

Regarde là ton cher rêve !
Se souvient-on du beau décor ?
Chaque matin on se lève,
Au soir, on revient, se rendort,

Marche au même tic-tac ;
Il y a un temps pour la mer,
Et un autre temps pour le Lac ;
Oui, un temps pour tout sur terre.

Un temps pour voir et apprécier.
Le Maire, qu’était-il hier ?
Vers nous, il sait, il vint mendier,
Il aime ce jour son air fier.

Sur nous, il sait, il peut compter,
Et traîne toujours ce gros sac,
Donne au peuple sans compter,
Car il sait compter sur le Lac.

Tu veux vraiment t’y pencher ?
Demain sera un autre jour.
Tu veux bien lutter, te venger,
Ton ennemi est un amour,

Tu t’es vu sortir de là,
Tiens ! Tu as seulement rêvé !
Vers toi s’approchaient des pas.
Tiens ! Tu t’es illusionné !

Tu marches et te retournes,
Une ombre voile le sol,
Tu cherches ton infortune,
Tu ne connais pas ton rôle,

Que sais-tu de la tradition ?
Ta coutume, ta sagesse ?
Et que sais-tu de ta mission ?
Vas ! Participes aux messes !

Es-tu donc iconoclaste ?
Pourquoi t’es-tu étonné ?
Vas ! Faut lire l’Ecclésiaste !
A la fin tous ont chanté.

Et sur la route de « lékang »,
Déjà tu t’étais maudit,
Vers nous grondait le « léfang »,
Qu’avais-tu déjà choisi ?

Tu avais oint des ossements,
Et tu leur parlais, convaincu,
Comme si reviendrait le temps,
Tu as opté pour ce statut,

Tu parlais aux gens d’antan,
Croyais qu’ils t’entendraient,
Que tes veines portaient leur sang,
En plus, qu’ils te comprendraient.

Voilà ta chère réalité,
Qui se meurt par ton rêve,
Que te coûte ta destiné ?
Chaque matin on se lève !
Et sur le chemin de « Mélah »……..

Fin

08 Septembre 1995 24H35 – Douala Cameroun

Continuez !

Lu.11 sept.1995 01H 13Mn Douala RC

 

Continuez !
Mots, Histoires… Vie !
Et le terme n’a pas de cesse,
Il va son court, paisible.
Insolent, mais il va son court,
Et la Terre fait ses tours.
Continue, on tourne toujours.
Indifférent au bruit qui court.

Continuez !
Bigre ! Et c’est ça la vie !
Où vont donc toutes ces caisses ?
Lui les porte, très paisibles,
Muet, il fait son devoir,
Cela lui laisse un peu d’espoir,
Continue, où va-t-il choir ?
Survivant, il prie tous les soirs.

Continuez !
C’est ça ! Attendre la nuit !
Et du « Lac » sortir ces caisses,
A l’aube le maire est paisible.
Sourd, il dicte ici sa Loi,
On ne lui donnait plus de Foi,
Pourtant il a promis espoir,
Le Canton va sortir du Noir.

Continuez !
Foi, Effort,…Vaine !
Mais le risque n’a pas de maison,
Il fait sa vie, il traîne,
Insolent, il arrache nos passions,
« Tout ne meurt pas dans la Seine ! »
« Tito a fait monter le ton ! »
« S’est fabriquer une histoire sereine »,
« L’Afrique peut lui envier la chanson »,

Continuez !
Seulement l’eau de rivière coule,
Et l’homme qui a soif ne s’écroule,
Mots, Histoires…Vie,
Bigre ! Et c’est ça son souci !
Mais la terre fait ses tours,
Insolente, elle tourne toujours,
Indifférente au bruit qui court,

Continue !
C’est ton histoire d’amour !

Fin

Lu.11 sept.1995 01H 13Mn Douala RC

La Sirène du Lac…

09/08/1993 Yaoundé Cameroun

 

Refrain
Encore une larme
Qui va couler,
Nous effondrer,
En souvenir de la Sainte Valène,

Encore ce charme
Pour enlacer,
Nous embrasser,
Comme le parfum de cette sirène !

En suivant un côté de ce drame,
Doucement, encore une larme,
Qui de son cœur en peine va couler,
Aux yeux desséchés, l’effondrer,
Souvenir de la Sainte Valène,

En prison, qui perdra là ses chaînes,
En suivant la triste valse noire,
Rythmées par la cadence de ses pleurs ?

Noirs pleurs dans la forêt égarée,
De leur charme déjà ont parfumé,
Toutes ces fausses ou vraies vérités,
Qui, comme le sang du requin blessé,
Tâchaient un point du Lac, bien éloigné,
De la lampe des pêcheurs condamnés,
A pourchasser les requins effrayés.

 

Au bas de la vallée, par les dunes,
Va le sentier, comme vers des ruines,
Par où le soir tombé, va le prince,
De son air encore plus féroce,
Portant ce sac dans lequel il traîne,
Les cailloux de sa belle Sirène,
Disparue dans les profondeurs des eaux,
Où elle a dû rejoindre son château !

Refrain
Encore une larme
Qui va couler,
Nous effondrer,
En souvenir de la Sainte Valène,

Encore ce charme
Pour enlacer,
Nous embrasser,
Comme le parfum de cette sirène !

Soit, larmes tristes pour ces pleurs de noir,
Ou larmes de joie pour ces pleurs noires,
Et si le prince est resté tout seul,
Le regard loin de son linceul,
Et le roi, son père, lui a fait,
Entendre les vérités du palais,
Il prie encore, pour que son amie,
Sa Sirène, rentre au Paradis.

Sur le quai de la gare à minuit,
Pour ce voyage vers cet infini,
La triste gentille sirène du pays,
Aidait toujours les mômes d’autrui.

Mais si au seuil de sa nouvelle vie,
Son cœur leur avait tout dit par défi,
Qui eut dit qu’elle quittait ainsi la vie,
Dans l’espoir de voir le Paradis ?

L’air triste et lourd de menaces,
La Sirène attendit son prince,
Dans le froid humide de la Gare,
Et quand siffla son train pour le départ,
Que sur elle s’abattit le noir,
Tout malheureux fut son dernier regard,

Et pantois, on attendit le Prince,
Pour qu’alors commence la danse !

Refrain
Encore une larme
Qui va couler,
Nous effondrer,
En souvenir de la Sainte Valène,

Encore ce charme
Pour enlacer,
Nous embrasser,
Comme le parfum de cette sirène !

Fin

09/08/1993 Yaoundé Cameroun